Le déni, jusqu’à quand ?
Depuis le viol de Théo, la visibilité sur les violences policières se fait un peu plus jour et s’inscrit dans les débats politiques en pleine séquence présidentielle. Sur le fond, il n’y a rien de nouveau sur ces violences dans les quartiers populaires, mais nombreux sont les témoignages d’autres victimes à l’appui pour qui le fait de déposer plainte relève de l’impossibilité matérielle. Et pour cause !
Les contre-feux habituels de la part du gouvernement et du ministère de l’Intérieur visant à salir l’honneur des victimes ou de leur famille ne nous détourneront pas de l’essentiel. Les faux témoignages pour se couvrir ou couvrir ses collègues, l’exhibition indécente et publique de casiers judiciaires pour justifier l’injustifiable ne font plus illusion.
De même, la propension à évoquer des « bavures », des « brebis galeuses » ou des « comportements minoritaires » au sein d’une police dite « républicaine » ne doit pas évacuer une réalité incontournable, indiscutable et vérifiable par les chiffres : celle d’une discrimination raciste généralisée avec ce qui est qualifié de « contrôles au faciès », des contrôles répétitifs, quotidiens, assortis de palpations, d’humiliations, d’insultes, de violences verbales et physiques.

Des discriminations racistes de masse et institutionnelles? Oui, sans aucun doute lorsque l’on constate dans le même temps l’impunité policière rendue par la Justice et justifiée ensuite par les politiques et une grande partie des médias. Ces violences ciblent une partie de la population pour ce qu’ils sont et non pas pour ce qu’ils font, il s’agit dans la grande majorité des cas des noirs, des arabes, des roms, des musulman-es des quartiers populaires. Ces violences au-delà des humiliations et harcèlements quotidiens sont poussés jusqu’aux actes de barbarie, de viol et de meurtre. A la question, « pourquoi Zyed et Bouna ont couru en 2005 ? », la réponse est « échapper à ce que Théo a subi en 2017».
Une discrimination généralisée
Pour justifier l’injustifiable, et en plein débat sur la « libéralisation » de l’usage des armes à feu par la police, il n’est plus possible de nous servir les plats réchauffés que sont la lutte contre l’insécurité ou contre les trafics de drogue.
Au nom de quoi – et de qui ? – des populations entières devraient être mises sous contrôle policier permanent ? Car c’est bien l’enjeu depuis des années et personne ne peut croire un seul instant que les responsables du gouvernement ignorent toutes les études commises par des institutions publiques, comme celle du CNRS – en 2009, 8 ans déjà ! – qui faisait apparaître que « selon les sites d’observation (gares RER Châtelet-les-Halles, Gare du Nord…), les Noirs couraient entre 3,3 et 11,5 fois plus de risques que les Blancs d’être contrôlés, au regard de la population disponible à être contrôlée par la police. Les Arabes ont été généralement plus de 7 fois plus susceptibles d’être contrôlés. Entre 1,8 et 14,8 fois plus de risques que les Blancs…».

L’Etat condamné par la Cour de Cassation !
S’il ne lit pas les études démontrant ces discriminations, le gouvernement ne peut ignorer l’arrêt de la Cour de Cassation prononcé en novembre de l’an dernier puisqu’il était au banc des accusés. Accusé et condamné puisque la Cour de Cassation a considéré « qu’un contrôle d’identité fondé sur des caractéristiques physiques associées à une origine réelle ou supposée, sans aucune justification objective préalable, est discriminatoire », qualifiant le contrôle au faciès de « faute lourde de l’Etat ».
Messieurs Le Roux et ses prédécesseurs Cazeneuve et Valls, comptables de l’orientation politique en matière de police, semblent considérer que ce type d’affaires est banal. Peu prompts en effet à monter au créneau pour rappeler les forces de l’ordre… à l’ordre ! Car la Cour de Cassation n’a fait que rappeler les règles légales constitutives du contrôle policier : il est effectué, selon le Code de procédure pénale, « en cas de flagrant délit, de risque à l’ordre public ou sur réquisition du procureur de la République ».
Bernard Cazeneuve s’est même permis de déclarer qu’il ne fallait pas « jeter la suspicion sur les forces de l’ordre » pour écarter le principe du récépissé au premier contrôle – promesse du candidat François Hollande – lors du débat parlementaire de la loi Egalité et Citoyenneté. La vie continue, la discrimination aussi.

Une discrimination organisée : la politique du « ciblage » condamnée par le Conseil constitutionnel en début d’année

Le 24 janvier, c’est le Conseil constitutionnel qui a recadré les pratiques gouvernementales – et celles des procureurs – dites de « ciblage ». Citons un extrait qui en dit long sur ce ciblage:  « les dispositions prévues par la loi ne sauraient, sans méconnaître la liberté d’aller et venir, autoriser, en particulier par un cumul de réquisitions portant sur des lieux ou des périodes différents, la pratique de contrôles d’identité généralisés dans le temps ou dans l’espace».  Etait visée par cette phrase la pratique consistant à cibler de manière systématique des quartiers comme Barbès, la Gare du Nord ou Belleville. Il n’y a pas de hasard : pour les contrôles d’identité, c’est une unité spécialisée dans la lutte contre l’immigration clandestine qui est à l’œuvre dans ces quartiers !

En janvier, le Défenseur des droits a publié, après une vaste enquête auprès de plus de 5000 personnes, des chiffres qui attestent du même ciblage, des mêmes pratiques. La personne au profil « de jeune homme perçu comme arabe ou noir » a vingt fois plus de probabilités d’être contrôlée. Parmi les hommes perçus comme maghrébins/arabes et ayant été contrôlés ces cinq dernières années,  30,7 % déclarent avoir été tutoyés (contre 19,5 % de l’ensemble des hommes contrôlés), 29 % avoir été insultés (contre 9,1 % de l’ensemble) et 24,1 % avoir été brutalisés (8,2 % de l’ensemble).

Toutes les institutions publiques font le même constat, toutes les études montrent les mêmes phénomènes et comportements à l’œuvre. Ce qui pose clairement, sans ambiguïté, la responsabilité pleine et entière du gouvernement.

Ce qui gangrène la société française aujourd’hui, c’est toute cette discrimination raciste institutionnalisée, généralisée et fondée sur une logique de bras de fer violent et permanent.

Nous n’avons pas besoin de ces concepts nébuleux et fumeux que sont « l’intégration », le « vivre ensemble», les « valeurs de la République »…  ce que nous voulons c’est l’égalité, un point c’est tout! Cette exigence d’égalité, s’inscrit dans la convergence des luttes contre cet Etat liberticide aux pratiques ouvertement racistes. Cette exigence d’égalité, passe par le soutien aux réfugiés et aux victimes du délit de solidarité. Et enfin, cette exigence d’égalité pour nos droits, se doit de conjuguer dans le même temps celle de l’égalité sociale qui passe par la répartition des richesses.

Voilà pourquoi nous marcherons le 19 mars. Pour la justice, pour la dignité.

Rendez-vous le 19 mars à 14 heures Place de la Nation, jusqu’à République.

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