En France, les femmes sont reconnues comme des citoyennes à part entière depuis 1944. Plus de 70 ans plus tard, nous venons d’assister à deux primaires où ne figurait qu’une femme sur sept postulants à la Présidentielle de 2017. Alors que l’égalité salariale était l’engagement n°26 du candidat François Hollande en 2012, nous sommes toujours (coïncidence !) à 26% d’inégalités salariales entre femmes et hommes. Bref, le torchon brûle encore. À quand la Révolution féministe ?

Pas pour tout-de-suite, si on ne prend pas des mesures imminentes. Le tiers des femmes actives françaises sont à temps partiels. La moitié sont cantonnées dans seulement 11 des 86 catégories socio-professionnelles, les plus précaires (caissières, vendeuses, femmes de ménage, femmes de chambre, infirmières etc.), et aucune pente spontanée ne nous mène tranquillement vers l’égalité. Au contraire, en temps de crise, la tentation est forte qu’un repli conservateur ne légitime cette position d’infériorité. Le laxisme qui règne dans le monde du travail est révélateur du peu de cas que l’on en fait, puisque 59 % des entreprises de plus de 50 salarié-es ne respectent pas les dispositifs prévus pour l’égalité salariale femmes-hommes (accord d’entreprise, plan d’action) et seules 0,1 % ont été sanctionnée ! Résultat des courses : La pension moyenne de retraite de droit direct des femmes est inférieure de 39,3 % à celle des hommes. Elles sont les premières pénalisées par l’allongement de la durée de cotisation et le report de l’âge légal de départ en retraite.

Pour contrer cette précarisation qui entraine, entre autres, leur dépendance financière à des conjoints qui peuvent être violents et qu’elles ne peuvent quitter, il faudra durcir les sanctions et donner les moyens et les prérogatives à l’Inspection du Travail pour assurer leur effectivité, mais aussi rétablir la fameuse hiérarchie des normes inversée par la loi El Khomri (qu’il faudra donc abroger) afin que les accords de branches et d’entreprises ne puissent qu’améliorer les conditions de travail et de rémunération des salarié-es, notamment des femmes très majoritaires dans les très petites / petites et moyennes entreprises, où la présence syndicale est plus faible. Il faudra aussi désinciter le recours souvent abusif et imposé aub temps-partiel, notamment de moins de 24h/semaine, que beaucoup de femmes subissent dans la grande distribution ou dans les commerces, qui doivent être taxés pour encourager au recrutement en CDI temps pleins. Fini, aussi, les exonérations de cotisations sociales accordées par l’État ! Et retour à la retraite à 60 ans avec une pension au moins égale au SMIC pour les carrières complètes.

Il faudra aussi mettre en place un Service public de la petite enfance et des personnes dépendantes afin de donner des emplois stables et qualifiés à ces nombreuses travailleuses, souvent issues de l’immigration, surexploitées dans les services à la personne et assistantes maternelles payées au lance-pierre. Les migrantes doivent aussi être protégées via un statut autonome. En effet, celles qui arrivent en France par le regroupement familial n’ont droit qu’à un titre de séjour d’un an, renouvelable avec preuve de vie commune. Elles sont dépendantes de leurs maris et ne peuvent les quitter sans se retrouver en difficulté administrative.

Enfin, comme l’a dit Simone de Beauvoir, « N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. » Alors que le gouvernement espagnol affrontait un taux de chômage record et une paupérisation dramatique de son peuple, dont beaucoup se sont même retrouvé à la rue, il n’a rien trouvé de mieux que de s’attaquer au droit à l’avortement… En France aussi, entre un François Fillon soutenu par la Manif Pour Tous qui déclare être personnellement opposé à l’avortement et une extrême-droite en tête des intentions de vote, l’heure est à la vigilance ! Aujourd’hui même, l’accès à la contraception et à l’avortement n’est pas garanti dans tous les territoires à cause des restructurations hospitalières et de la fermeture de nombreux centres d’IVG. Les politiques d’austérité ne peuvent dévorer nos droits et surtout les moyens qui sont sensés les rendre effectifs, surtout pas les droits fondamentaux comme l’accès à la santé et le droit à disposer de son corps.

Évidemment, cette révolution féministe ne peut advenir que si elle est portée culturellement, auprès des nouvelles générations, par de vrais programmes scolaires ambitieux contre les stéréotypes de genre, pour l’égalité et pour une libération sexuelle qui n’objectifie pas les femmes mais impose le respect de leur consentement et de leur émancipation.

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